Jacques-Louis David

À Paris, le 31 août 1748, naquit Jacques-Louis David dans une maison située à l’actuel emplacement du théâtre du Chatelet. Sa famille fait partie de la petite bourgeoisie : son père, Louis-Maurice David, est marchand de fer à Paris et sa mère, Marie-Geneviève Buron, est issue d’une famille du secteur des maître-maçons. Il est placé en pension jusqu’au décès de son père en 1757. Sa mère le place aux côtés de son frère François Buron, un architecte des Eaux et Forêts. Désormais retirée à Évreux, sa mère charge son frère de l’éducation de Jacques-Louis. Son oncle va donc naturellement le pousser vers une carrière d’architecte. Ce choix aura une influence en cela que le jeune Jacques-Louis évolue à proximité du monde des arts et de la forme, via l’architecture. Il grandit également dans le Paris des Lumières, un monde où l’Antiquité et ses savoirs sont présents dans les cercles intellectuels. Son Autoportrait de 1794 montre un jeune homme incarnant une image idéalisée de l’artiste, robe de chambre, palette à la main, cheveux naturels et surtout ce regard dont l’intensité est primordiale et annonce le grand artiste en devenir.

David, un artiste en formation

Dans son parcours de formation, il est remarqué un talent pour le dessin. De fait, on intègre le jeune artiste à l’Académie de Saint-Luc en 1764. Par la suite, on fera appel à la relation familiale lointaine : David entre dans l’Atelier du peintre du Roi, François Boucher. Il y fait ses premières armes mais Boucher est malade et le pousse à entrer dans l’Atelier de Joseph-Marie Vien, en 1766. En parallèle, David étudie l’art à l’Académie Royale de peinture et de sculpture. Ses études lui permettent de concourir au Prix de Rome. 1771, 1772 & 1773 voient l’échec de David à remporter le prix et il en retire une défiance contre l’Académie. Pourtant, il présente La Mort de Sénèque en 1773 qui mêle le sujet Antique avec les styles de Fragonard et de Boucher dans un aspect baroque et élégant. 

David finit par remporter le Prix de Rome en 1774, avec son œuvre Érasistrate découvrant la cause de la mort d’Antiochus. L’obtention de ce prix lui permet de partir quatre années à Rome, au sein de l’Académie de France à Rome. Il part donc avec son maître, Joseph-Marie Vien qui est nommé à la direction de cette Académie en 1774. En Italie, il découvrira les œuvres de la Renaissance italienne et va les étudier dans sa pratique du dessin. Il visitera Rome, Florence, Parme, Naples, ainsi que les ruines d’Herculanum et de Pompéi.
A l’issu de ses quatre années passées à Rome, il prend la route du retour le 17 juillet 1780. Il part avec des œuvres inachevées et notamment Bélisaire demandant l’aumône qu’il achèvera pendant l’année. L’œuvre est applaudie par le public du Salon de 1781 et marque sans doute sa première œuvre néo-classique saluée par la critique. Cette peinture d’histoire sera rapidement vendue et une version plus petite sera réalisée et vendue au Directeur des Bâtiments du Roi en 1784 (celle que vous pouvez admirer).

Lors de l’année 1785, David signe l’un de ses chefs d’œuvre : Le Serment des Horaces. Sujet relativement classique de l’histoire antique de Rome, il montre un combat ayant pour but de régler un conflit qui oppose Rome et Albe, deux cités du Latium, chaque cité fait conquérir trois de ses champions. Parmi les frères Horaces qui furent les champions de Rome, un seul sera survivant. Les enfants d’Horace lui jurèrent de vaincre les Curiaces d’Albe. Observons la perspective et toutes les lignes convergent vers la main qui tient l’épée. Cette promesse va être représentée sous la forme d’un serment par l’artiste. Il bouscule les règles établies par l’Académie. Présenté au Salon de 1785, il sera un grand succès. Dès lors, David sort de l’ombre pour devenir un artiste connu et reconnu. 

David et la Révolution Française

Jacques-Louis David n’est pas seulement un artiste, c’est un artiste engagé. Quand la Révolution début, David fréquente déjà des salons libéraux, notamment chez Madame de Genlis. Étant donné que David est un artiste très en vue, on lui demandera de peindre un évènement essentiel de la Révolution : Le Serment du Jeu de Paume, du 20 juin 1789. Il travaille, à partir de 1790, sur ce qui devait être sa plus grand œuvre (10 mètre sur 7). Représenter les 630 députes n’est pas une mince affaire et de l’argent sera nécessaire, alors, pour financer son projet il lance une souscription en vendant des gravures de son dessin. Les moyens ne seront jamais rassemblés, le paysage politique évoluera et l’artiste abandonne son œuvre quelques années plus tard. 

David ne reste pas dans l’ombre pendant la Révolution, il est un ami de Robespierre et de Marat. Il sera élu à la convention Nationale en 1792 et votera la mort du Roi Louis XVI en 1793. À la tête du Club des Jacobins, il devient Président de la Convention Nationale en 1794. 
Son apport à cette époque est non négligeable car au-delà de son rôle politique, il engage un évolution dans les arts avec une réforme de 1793 qui supprime les académies. Par ailleurs, il sera celui qui imagine les symboles et costumes de la jeune République. 
Le 13 juillet 1793, Marat « l’ami du peuple » est assassiné par Charlotte Corday. La Convention Nationale commande à David une toile afin d’élever Marat au rang de figure et de martyr de la Révolution. Entre juillet et octobre 1793, il est à l’œuvre. Il aurait pu choisir de représenter le crime en lui-même mais va prendre le parti de représenter le cadavre de Marat. Le cadavre est sublimé comme pour en faire un nouveau Christ, la symbolique est très importante dans cette œuvre. Observez attentive les détails : le couteau ensanglanté, l’assignat posé sur le coffre de bois, la plume dans la main de Marat ou encore le sang sur la lettre de Charlotte Corday que tient Marat. L’œuvre est plus que les autres politique et franchement engagée.

David sera également actif dans l’ouverture du Louvre comme musée national et institut de formation pour remplacer définitivement l’Académie Royale, ayant eu la mainmise sur les Arts. À la chute de Robespierre, l’artiste étant un de ses proches il sera arrêté mais échappe à la guillotine. Après sept mois de prison, il ressort comme une personnalité associée à la Terreur et qui a largement terni sa réputation. Il se remarie avec son ex-épouse, Charlotte Pécoul en 1796. David ne reste pas inactif pendant cette période difficile et reprend le chemin de son art en portraiturant son beau-frère, Pierre Sérisiat. L’œuvre figure parmi les plus connue de l’artiste et pour cause, elle représente un homme vêtu à la dernière mode arborant la cocarde tricolore de la Révolution tout en faisant le lien avec une certaine bourgeoisie. 

Faisant son retour au Salon et dans le grand monde, il poursuit ses portrait avec un aspect antiquisant comme pour le Portait de Juliette Récamier (1800). Juliette est une femme d’influence dans les arts, épouse d’un banquier, la représenter permet d’acter un retour complet dans le monde.

David va redevenir l’artiste le plus couru avec Les Sabines (1799). L’œuvre représente l’intervention des femmes pour que cesse le combat entre les romains et les Sabins. Observez bien la présence de Romulus de dos tenant un bouclier orné d’une louve. La richesse des détails, le mouvement, les couleurs, le bruit en font une œuvre exceptionnelle.

David et le Premier Empire

Il faut attendre 1797 pour que Jacques-Louis David rencontre son héros antique : Napoléon Bonaparte. L’artiste est un révolutionnaire convaincu admirant l’héroïsme, le courage et la vertu. David fut attaqué par des royalistes et Bonaparte va le protéger, renforçant un lien surprenant. 
Il représente Bonaparte franchissant les Alpes au Grand-Saint-Bernard en 1800. Le portrait rappel les grands héros de l’histoire avec le cheval cabré, le vent, les inscriptions figurant Hannibal, Charlemagne), les rayons du soleil, vont somme toutes donner l’image d’un homme issu de la providence pour la France et par cette œuvre, David signe la première page de la légende napoléonienne

Bonaparte n’est encore que Premier Consul mais déjà, le 18 décembre 1803, il fait David chevalier de la Légion d’Honneur. L’année suivante, 1804, l’Empire est proclamé et Napoléon Ier sacré le 2 décembre 1804. Quelques temps auparavant, Napoléon commande à David des tableaux pour immortaliser l’accès de l’Empereur au trône : Le Sacre, La Distribution des Aigles, … L’artiste est fait premier peintre de l’Empereur sans toutefois être dépositaire du pouvoir d’administration des Arts. Le 2 décembre 1804, Jacques-Louis David suit le couronnement de l’empereur et de l’Impératrice Joséphine depuis Notre-Dame depuis une loge d’où il fait des croquis pour l’aider à la future conception de l’œuvre. Après les croquis vient le temps des première études à la mine de plomb montrées à l’Empereur (Étude de perspective pour le couronnement, 1805-1806). Trois ans seront nécessaires pour achever Le Sacre de Napoléon.
 

Dans les années 1810, ayant des difficultés à se faire payer ses œuvres par l’Empire, il décide de s’en éloigner. Malgré tout, un lord anglais lui commande un portrait de l’Empereur : Portrait de l’Empereur Napoléon Ier dans son cabinet de travail (1812). David choisit de représenter l’Empereur dans son cabinet de travail des Tuileries, où il passa beaucoup de temps à travailler. Il est représenté dans son costume habituel de colonel des grenadiers. Les détails introduits dans l’œuvre vont créer une représentation moderne, en pied, du souverain homme d’état et ce modèle sera reprit par les Président de la République Française par la suite. À la fois intime et souverain, le portrait offre une vision naturelle d’un Empereur qui dors peu (la pendule indique 4h15 du matin).

David, exil et fin de vie

En 1814, Napoléon Ier abdique ce qui signe le retrait de David. En 1815, Napoléon est de retour pour la période dite des Cents Jours, pendant laquelle David reprend son rôle auprès de l’Empereur. Finalement battu à Waterloo et abdiquant pour la dernière fois, Napoléon quitte la France et ceux qui furent aux plus hautes fonctions tombent en disgrâces. Pire encore le Roi Louis XVIII promulgue l’exil pour ceux ayant votés la morte du Roi Louis XVI, comme Jacques-Louis David. L’exil le mène donc à Bruxelles où il va rencontrer et peindre des anciens membres de la Cour Impériales et des anciens révolutionnaires, comme Sieyès. Étonnamment, l’artiste veut rester le maître de la peinture en France et va donc envoyer ses œuvres dans les expositions parisiennes. 
À l’âge vénérable de 75 ans, il exécute Mars désarmé par Vénus et les grâces (1824). Haute de trois mètres, l’œuvre est sa dernière peinture d’histoire et connaîtra un beau succès Paris.

Le 29 novembre 1825, Jacques-Louis David meurt en exil à Bruxelles. 
Le Roi de France refuse le retour de sa dépouille en France et seul son cœur reposera auprès de son épouse à Paris.
 
L’œuvre de Jacques-Louis David est tout empreinte du lien entre l’art et la politique. Des héros de l’antiquité à Napoléon chef d’état en passant par Marie-Antoinette se rendant à son exécution, David aura représenter nombre de ses contemporains. Révolutionnaire convaincu puis modéré, il sera l’un des bâtisseurs de la morale république, de ses représentation et du mythe du héros de la Nation.