Il est fréquent de surnommer Nîmes : « la romaine ». En effet la cité conserve un patrimoine antique romain exceptionnel, du point de vue de l’architecture et du degrès de conservation. Même si l’Empire Romaine fait vivre nombre de ses plus belles heures à la cité, son histoire démarre bien avant sa romanisation.
Nîmes et ses origines : Nemausus
Le territoire actuel de Nîmes est un site propice à l’installation de peuplades étant donné une présence forte de l’eau impliquant une plaine fertile et propice à l’élevage bovin.
Les premières traces d’habitats remontent au VIème siècle av. JC, à proximité de la source. Les maisons en torchis seront bientôt remplacées par des habitats en pierres. On retrouve également nombre de fermes, comme celle reconstituée au musée de la Romanité de Nîmes.
Plus qu’un espace favorable à la vie et la culture, le territoire est surtout connu pour sa source (actuel emplacement des jardins de la Fontaine) qui se voit associée un caractère sacré. Le dieu masculin du nom de Nemau qui signifie bois sacré en celte. Au IIIème siècle av. JC, les Volques arécomiques font partie des grandes migrations et s’installent dans la Gaule du sud où leur influence prend peu à peu une place importante. À la même époque, Nîmes est élevé en oppidum autour de la source. Un premier rempart est bâti à cette époque, ce rempart comprend une grande tour sur la colline à l’emplacement même de la Tour Magne. Cette tour n’a pas vocation de défendre les habitants de la cité mais de défendre la source et le bois sacré de Nemau.
Nîmes et la Guerre des Gaules
À partir de 125 av. JC, la conquête romaine débute et aboutira à la victoire, quatre années plus tard, et à la constitution de la province Narbonnaise (Gaule Transalpine). De fait, l’influence romaine est grandissante et va progressivement moderniser la ville et introduire de nouvelles coutumes via la culture romaine qui va en partie remplacer la culture celte.
Jules César est nommé Proconsul de l’Illyrie, de la Gaule Cisalpine et de la Gaule Transalpine (la Narbonnaise), en 58 av. JV. Les Volques arécomiques, dont les habitants de Nîmes, ne sont pas en rébellion face aux romain et même certains des leurs deviennent romains à la faveur de Proconsul avisés. Nîmes est une cité « débarbarisée » qui accueille des vétérans romains depuis quelques années et peuvent être à ce titre considérés comme des romains. Ainsi, César va enrôler les hommes de Nîmes dans son armée, devenant de fidèles alliés. En 52 av. JC, César lance une offensive déterminante sur la Gaule du nord. Le chef des Arvernes, Vercingétorix, entend résister à César en lançant une attaque visant à s’emparer de Narbonne. Les environs de Nîmes sont donc attaqués par les hommes de Vercingétorix. César est vite de retour en Gaule et reprend la main contraignant Vercingétorix à la retraite. César obtiendra la reddition de Vercingétorix à Alésia. Nîmes est devenue un véritable allié de Rome pendant ses combats et va se romaniser de plus en plus jusqu’à une romanisation majeure des noms.
Nîmes sous l’Empereur Auguste
Vers 40 av. JC, Nîmes reçoit le titre de Colonie, comme en témoigne la monnaie suivante. Ce titre de colonie est avant tout honorifique et fait montre d’une considération importante de la cité par l’Empire Romain. De plus, la cité possède le droit latin qui implique que les magistrats peuvent devenir citoyens romain et donc de voter. Ce droit permet de conserver et de renforcer une certaine autonomie administrative et judiciaire. Ainsi, au lieu d’imposer sa culture, Rome permet à l’élite de devenir Romain et donc d’influencer les autres habitants et en une ou deux générations la culture romaine est installée.
La Colonia Augusta Nemausus se voit accordé par ce titre de colonie une autonomie importante, ses habitants ne sont pas citoyen romain, sauf ceux qui pourraient le décider. Ce statut privilégie n’empêche pas une romanisation importante. Parallèlement, l’Empereur Auguste se rend en Gaule en 27 av. JC. Il confirme Narbonne dans son rôle de capitale de la province qui prend alors le nom de Gaule Narbonnaise.
Sous l’Empereur Auguste, Nemausus ayant un rang de colonie latine va voir son urbanisme transformé et adapté aux habitudes romaines. Le Sanctuaire de la Fontaine (aujourd’hui les Jardins de la Fontaine) va se transformer en Augusteum, c’est-à-dire un sanctuaire dédié au culte de l’Empereur et de sa famille. L’Augusteum est constitué de plusieurs monuments. Tout d’abord, un nymphée et un autel pour le culte impérial bâtis vers la fin du Ier siècle av. JC, dont la structure est toujours visible.
Un bâtiment, aujourd’hui connu sous le nom de Temple de Diane, dont on ne connait pas vraiment la fonction mais qui aurait pu être une bibliothèque ou un temple. Le bâtiment aurait été bâti vers 40 ap. JC.
La Tour Magne construite vers 15-16 av. JC sur le point culminant de la ville (110 mètres) fait également partie de cet ensemble. En effet, elle signale la présence du sanctuaire étant donné qu’enne s’élève à 32 mètres. L’on sait que la tour romaine prend appui sur une ancienne tour gauloise. Le sanctuaire du culte impérial était également doté d’un théâtre dont les ruines ne sont plus visibles de nos jours. Il apparaît, également, que les bâtiments étaient reliés entre eux par des portiques. Le sanctuaire avait une entrée monumentale, sans doute traversé par une voie reliant le sanctuaire à la cité.
Au sein du forum fût bâti la Maison Carrée. Le temple fut bâti lors du Ier siècle ap. JC. Ce lieu est destiné à rendre un culte aux divinités via des rites et des offrandes. Le mot carré n’est pas une erreur, le carré définissait une élément ayant quatre côtés à anges droits. Construit sous le règne de l’Empereur Auguste, il sera dédié à ses petits-enfants : Caius et Lucius Caesar. Il reste aujourd’hui un exemple d’architecture romaine étant donné qu’il reste sans doute l’un des mieux conservé au monde.
Un autre vestige essentiel de l’architecture romaine de Nîmes nous est parvenu : le Castellum. Bâti au milieu du Ier siècle ap. JC, il a pour fonction le stockage et la distribution de l’eau dans la cité. En effet, l’eau est une ressources essentielle dans la vie d’une cité romaine. Ici, elle est acheminée depuis la Fontaine d’Eure à Uzès jusqu’à Nemausus grâce à un aqueduc de 50 kms. L’aqueduc est resté dans les mémoires de notre époque car il a permis et nécessiter la construction du Pont du Gard. Malheureusement, l’élévation à disparu mais nous conservons les fondation de ce bâtiment remarquable.
Bâti à la fin du Ier siècle, l’amphithéâtre de Nemausus est aujourd’hui connu comme les Arènes de Nîmes. De forme elliptique (ovale), il permet une bonne vision du spectacle par chacun. Il est construit sur le modèle du Colisée de Rome, il pouvait contenir jusqu’à 22 000 spectateurs.
Nîmes va bénéficier des faveurs de l’Empereur Auguste, tout au long de son règne. Ainsi, la cité est autorisée à se parer d’une nouvelle enceinte incluant portes et tours, au cours du Ier siècle ap. JC. Les remparts sont sans doute hauts de 9 mètres, larges de 2,5 mètres et flanqués d’un chemin de ronde. L’enceinte est extraordinaire par sa taille : 6 kilomètres soit un espace de 220 hectares protégés, devenant ainsi la deuxième plus grande enceinte de la Gaule après celle de Vienne. Elle est flanquée de 80 tours, soit une tour tous les 70 mètres. Parmi ses tours, l’on retrouve la Tour Magne. Sur les 6 kilomètres de l’enceinte, l’on trouve une dizaine de portes, dont deux subsistent. La Porte de France, à proximité des arènes, ne possède qu’une seule arcade flanquée de deux tours aujourd’hui disparues, on peut dire que c’est une porte ordinaire.
La Porte d’Auguste nous est également parvenue. Cette porte est monumentale sans doute car elle est traversée par la via domitia. Elle comporte deux arcades centrales, deux passages pour les piétons et été flanquée de deux tours. On retrouve au-dessus des petites arcades pour des niches dont l’une d’elle aura sans doute accueillie une statue de l’Empereur Auguste.
Ainsi parée, Nemausus fait montre de son prestige et c’est une cité dans laquelle il fait bon habiter : l’activité économique est importante grâce à la via domitia, les monuments sont somptueux et l’eau y est abondante. La vie est agréable à Nemausus pour les notables qui vont se faire enterrer dans la cité comme la famille de Julia Privata dont la stèle, datée de 70 ap. JC, montre qu’elle fut citoyenne romaine et qu’elle se maria avec un citoyen de Nîmes. Les inscription et les buste de sa famille sont remarquable de vivacité.
Nîmes et son Empereur
L’Empereur Hadrien meurt en 138 ap. JV, il désigne Antonin le Pieux pour lui succéder. Il fut souvent dit qu’il était natif de Nîmes, ce qui est faux. Il naquit en 86 ap. JC près de Rome. Cependant, son grand-père paternel, Titus Aurelius Fulvus était natif de Nîmes. Il fut un homme riche qui accéda au Sénat de Rome et sera préfet de Rome, l’un des postes les plus haut dans la hiérarchie romaine. Il semblerait que son grand-père maternel soit aussi nîmois. Antonin gravit les échelons de la hiérarchie romaine. Antonin accepte d’adopter Marc Aurèle, alors trop jeune pour régner, et devenir un empereur de transition. Il règnera tout de même vingt-trois ans. Il sera sans doute la fierté de Nemausus, dont il renforcera le prestige.
Nîmes, une cité antique en déclin
A la fin du IIème siècle ap. JC, l’activité économique décroît en partie à causes d’épidémies qui touchent l’Empire Romain. Au IIIème siècle ap. JC, l’Empire Romain est en crise : l’Empereur Commode est assassiné, Septime Sévère prend le pouvoir. La cité se replie sur elle-même et de nombreuses demeures sont abandonnées.
Le temps des invasions démarre … Parallèlement, sous l’Empereur Constantin, le christianisme fait son entrée … Après le sac de Rome en 410 par les Wisigoths, l’Empire n’est plus que le reflet de ce qu’il fut. La culture et l’urbanisation romaine sont sur le point d’être emporté par le début de l’ère médiévale.
En 470 ap. JC, Nemausus, la cité romaine, n’est plus. En effet, les Wisigoths ont rattachés Nîmes à leur royaume.