À une soixantaine de kilomètres au nord de Moulins, la cité des Ducs de Bourbon, l’on découvre Nevers. Son histoire débute avant la conquête de la Gaule par Jules César et s’étend jusqu’à ce qu’elle reçoive le label Ville d’Art et d’Histoire, d’autres pages s’écriront encore. Nevers c’est également un patrimoine remarquable : le Baptistère du VIème siècle ap. JC., le Palais Ducal, la cathédrale, ou encore les Vitraux de Jean-Michel Alberola, sans oublier le fameux triptyque de Moulins.
52 av. JC : Noviodunum est conquis par Jules César
Le savoir de la cité avant les romains s’est perdu, sans doute une mémoire orale qui n’aura jamais fait l’objet d’un écrit. César désigne la cité comme étant Noviodunum, nom d’origine celte. Il semblerait également que César en fit un dépôt d’armes et de vivres. Les stèles funéraires témoignent de l’occupation romaine de la ville.
515 : Clovis élève Nevers en évêché
Nevers est sans doute christianisée au IIIème siècle ap. JC. Malgré tout, aucune mention claire et précise ne le relate. Il aura donc fallu attendre le Roi Franc Clovis, qui fut baptisé en 496 à Reims, pour que la cité rayonne de foi chrétienne grâce à son évêque.
Cette élévation fait de Nevers une cité d’importance et dont l’économie peut croitre. Cette évolution est visible grâce à un vestige apparu pendant les fouilles archéologiques de 1946 faisant suite aux bombardements de 1944 : le Baptistère daté du VIème siècle ap. JC.
VIIIème siècle : le songe de Charlemagne
À la fin du VIIIème siècle, l’Empereur et Roi Charlemagne fit un rêve aux allures d’un cauchemar : Charlemagne été en train de chasse lorsqu’un sanglier énervé lui fit face. Il pria le ciel de lui apporter de l’aide. Un enfant apparu et promis de l’aider en échanger d’un voile pour couvrir son corps. Il aidera l’Empereur à transpercer le féroce animal. Jérôme, l’évêque de Nevers, vis une opportunité de ce songe, celle d’agrandir l’église de son diocèse, de là naîtra la cathédrale dédiée à Saint Cyr, l’Enfant du songe de l’Empereur.
Xème siècle ap. JC : Nevers est élevé en comté
La cité de Nevers et son diocèse passent dans les mains de plusieurs seigneurs, comtes et ducs. Alors que le territoire de Nevers ne fut finalement qu’une marche entre l’Aquitaine et la Bourgogne, il sera associé à la Bourgogne et vers 990, un Comté de Nevers est créé.
1068 : L’église Saint-Étienne est érigée
Auparavant existé une communauté en lieu et place de l’église mais elle s’était beaucoup dégradée depuis sa construction au VIIème siècle ap. JC. De fait, en 1068, l’évêque Malguin et le Comte Guillaume Ier de Nevers décident de la construction d’un nouveau prieuré. Dès lors, le « Monument le plus parfait que le XIème siècle ait laissé à la France », selon Eugène Viollet-le-Duc, est bâti. L’église est d’un pur style roman avec un plan en croix latine, un déambulatoire caractéristique des églises romanes ainsi qu’une formidable élévation sur trois niveaux pour atteindre 18 mètres sous la voûte en berceau. On remarquera la façade occidentale très massive qui laisse à penser à une forteresse plus qu’à une église.
Malheureusement en 1094, la peste est présente dans la cité et laisse croire à une possible fin du monde, qui retarde l’avancée du chantier. Malgré tout, le 13 décembre 1097, l’église est consacrée par l’évêque Yves de Chartres, bien qu’elle ne se soit sans pas terminée.
Au final, l’édifice sera long de plus de 50 mètres et large de plus de 7 mètres.
1194 : Construction du second rempart de Nevers
En cette fin du XIIème siècle, les conflits sont nombreux en France : avec les Comtes de Flandre (Philippe d’Alsace et Baudouin V de Hainaut), les rivalités liées à la troisième Croisade ou encore avec la répudiation de la Reine par le Roi Philippe Auguste.
Pierre de Courtenay est un fidèle du Roi qui n’est autre que son cousin. Philippe Auguste lui fait épouser Agnès de Nevers et à la mort de son beau-frère, il devient Comte de Nevers. De fait, le nouveau Comte fait élever de nouveaux remparts allant du Crou, une petite rivière, jusqu’à la Nièvre, en 1194. L’idée est de protéger la cité, ses habitants, ses couvents et ses commerces.
XIIIème siècle : Essor du quartier canonial
Au XIIème siècle, la nouvelle cathédrale gothique est bâtie. L’évêque Jean Bohier y ajoutera une tour impressionnantes foisonnant de statues de l’Ancien et du Nouveau Testament, une des merveilles de Nevers.
À la faveur de la cathédrale, des remparts protégeant la ville, l’essor économique achève de faire de Nevers une ville d’importance et même une ville bourgeoise. Bien que plus tardive (de la Renaissance), la Maison Buissière habitée par des meuniers nous permet d’appréhender l’évolution du quartier canonial
XIVème siècle : la Porte du Croux
À la construction du rempart, Pierre de Courtenay édifie une porte à cet endroit en 1194. Lorsque la Guerre de Cent Ans bat son plein, les techniques de guerre et de sièges de cités ont évolué.
De fait, la Porte de Croux va être totalement reconstruite entre 1394 et 1398. Observons cet ensemble : un passage central permet l’entrée et peut être fermé, il est flanqué de deux tours circulaires qui protègent l’entrée et permettent le tir. Le monument est d’une grande importance : militaire pour la défense de la ville ; administrative pour le contrôle des entrées dans la cité ou encore économique afin d’assurer la perception de taxes. Les temps changent et le temps médiéval est révolu … le lieu sera muré, servira de dépôt d’archives et sera abandonné au début du XIXème siècle. Le baron de Vertpré sauvera l’édifice en l’achetant, en 1847, pour en faire un musée, il deviendra donc un musée en 1862.
1467 : Construction du Palais, premier château de la Loire
Depuis le Xème siècle, il existait sur l’emplacement un château dominant la Loire. L’édifice devient le lieu de résidence des Comtes de Nevers. Étant censé être une position de défense de la Loire, il ne fut sans doute pas conçu dans l’idée d’être un lieu d’habitation et sans doute est-ce pour cela qu’il disparait au profit d’un palais. Jean de Clamecy hérite du château en 1464 et décide de construire la nouvelle réside des comtes. La résidence sera achevée en 1491, année où meurt Jean de Clamecy. Le Palais des Comtes de Nevers devient donc le premier château de la Loire.
1538 : Le Comté devient un Duché
La France du XVIème siècle est en proie à de nombreux conflits internes et externes. François Ier est Roi de France et de Navarre, il veut consolider la loyaux de ses fidèle et de fait il leur offre des titres. Le comté de Nevers sera tout à tour gouverner par des grandes Maisons : Maison de Nevers, de Courtenay puis de Bourgogne. Le Comté finit par passer dans la Maison de Clèves. François de Clèves possède des titres parmi lesquels celui de Comte de Nevers, il est un militaire fidèle aux Rois de France. De fait, pour remercier François et rehausser le prestige de Nevers et du royaume, François Ier décidé d’élever Nevers en Duché-pairie.
1585 : Installation des premiers faïenciers italiens
À la fin du XIXème siècle, le Duc de Nevers, Louis de Gonzague, souhaite développer l’économie de son duché. Sa Maison étant issue du Mantoue, il connait des artisans italiens qui s’installent sur ses terres et apportent avec eux leur savoir-faire. Le duché est un bon territoire pour la manufacture de faïence étant donné que l’argile et le bois de bonne qualité sont en nombre dans le territoire et que la Loire permet un acheminement rapide des marchandises.
Au cours du XVIIème siècle, Nevers devient la principale cité de la faïence en France. Elle produit un émail blanc lisse et qualitatif où sera peint des scènes bibliques, mythologiques, des paysages italiens, des fleurs, des oiseaux, et même des décors patriotiques pendant la Révolution.
1639 : Construction de la Chapelle Sainte Marie
Au XVIIème siècle, la Contre-Réforme catholique va pousser nombre d’ordres religieux à s’installer dans de nouvelles villes pour faire reculer l’essor de la religion réformée. Nevers n’est pas en reste puisque l’ordre des Visitandines (fondée par Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal) s’installe dans la cité en 1621.
La Duchesse de Nevers, Louise-Marie de Gonzague, posa la première pierre en 1639. Elle sera achevée en 1643. Elle possède une architecture baroque unique dans la région. Sa façade est un exemple parfait d’architecture baroque grâce à sa symétrie, les pilastres et les colonnes, son fronton triangulaire ou encore sa décoration.
1740 : Apogée de la production de faïence
Au milieu du XVIIIème siècle, la faïencerie de Nevers en est à son apogée. La ville est au maximum de son essor économique. La production est très variée : assiettes, plats, soupières, bénitiers, … sans oublier des pots d’apothicaires qui sont très appréciés. La couleur emblématique de Nevers est le bleu de cobalt mais on peut aussi retrouver du jaune, du vert, du violet et du rouge sur les faïences de Nevers.
Le XIXème siècle marque le recul puis le déclin de l’activité de faïencerie de Nevers. En cause, la concurrence importante de la porcelaine de Limoges, l’évolution des techniques vers l’industrialisation et l’uniformisation, les modes qui changent. La Maison de maître de l’ancienne faïencerie de l’Autruche est toujours debout comme un rappel du glorieux passé faïencier de Nevers.
1866 : Installation de Bernadette Soubirous à Nevers
Entre le 11 février et le 16 juillet 1858, une dame blanche apparaîtra 18 fois à la jeune Bernadette Soubirous. Lors d’une des apparitions elle lui dira : « Je suis l’Immaculée Conception. ». Ayant reçu un message de la Sainte Vierge, Bernadette sera élevée au rang de célébrité et peut être même de curiosité. Ne voulant pas de cette vie et aspirant à une vie de prière, elle prend le voile sous le nom de sœur Marie-Bernard au couvent Saint-Gildard. Au sein du couvent, elle exerce à l’infirmerie, la cuisine et fait des travaux de couture. Malheureusement, sa santé n’est pas bonne, elle souffre d’asthme, de tuberculose osseuse et de forte douleurs articulaire. Elle quitte le monde le 16 avril 1879 à Nevers. Son corps repose aujourd’hui dans une chasse au sein du couvent.
1975 : Les vitraux contemporains de la cathédrale
Le 16 juillet 1944, les bombardement Alliés endommagent la cathédrale. Les vitraux du moyen-âge ne résistent pas au choc. Le choix est fait de faire appel à des artistes contemporains pour réaliser une œuvre unique inscrivant la cathédrale dans une certaine continuitée dans l’œuvre du temps. Les artistes Jean-Michel Alberola, Claude Viallat, Gottfried Honegger vont travailler sur un ensemble d’œuvres qui s’appuyent sur la lumière de la journée, les couleurs et les saisons.
Nevers est une ville qui aura connu nombre d’évolutions mais aura su toujours se préserver et se moderniser.