Saint-Gilles, cité médiévale du Gard

A proximité des cités de Nîmes et d’Arles, vestiges de l’Antiquité Romaine, les parchemins de l’histoire se déroulent et nous donnent à voir une cité médiévale, qui nous offre une autre vision du Gard. La petite cité est surtout étroitement liée à Gilles, un ermite du VIIème siècle. Mais résumer la cité à un saint ne serait pas lui rendre pleinement justice même si la cité n’oublie pas ses origines.

L’histoire de Gilles, ermite et saint

AEgidius serait naît à Athènes vers 640 ou dans la deuxième partie du VIIème siècle. Gilles serait né de parents d’ascendance royale. À la suite de la perte de ses parents, il aurait cheminé vers Marseille et aura passé deux années de sa vie avec Saint Césaire d’Arles, sans doute le meilleur chemin vers la sainteté. 
Après avoir traversé le Rhône, il trouve ermitage dans une grotte près du Gard, près de Collias. Il finit par se rapprocher du Rhône, sur le territoire qui nous intéresse. Dieu lui fera présent d’une biche dont le lait suffira à le nourrir. Malheureusement, la biche fut chassée par un Roi des Goths nommé Wanba. Intelligente, la biche alla trouver refuge derrières Gilles, le Roi tira une flèche qui atteindrait Gilles. Gille demandera au Roi de construire un monastère à cet emplacement, il en deviendrait l’abbé. Plus tard, Charlemagne aurait invité Gilles à sa Cour pour évoquer avec lui un grand pêché qu’il aurait commis et pour lui demander de prier pour lui. Pendant la messe, il aurait reçu un message des anges évoquant le pardon accordé à Charlemagne.
La légende est intimement liée à la fondation de l’abbaye de Saint-Gilles. Le culte du saint apparaîtra un peu plus tardivement et deviendra un lieu très important du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le saint meurt en sa cité en 720 ou 721 et sera inhumé dans la crypte de l’abbaye dans laquelle son sarcophage se trouve toujours.

Une cité médiévale

À la faveur du Saint et de son tombeau, un véritable monastère va être bâti au IXème siècle. En parallèle, le culte de Saint Gilles progresse. Ainsi, l’abbaye devient un lieu incontournable de pèlerinage. Au Xème siècle, l’abbaye est le quatrième lieu de pèlerinage après Jérusalem, Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle. Dès lors Saint-Gilles devient une place importante que les seigneurs veulent posséder. Le comté de Nîmes sera partagé entre les fils d’Eudes de Toulouse et Guillaume Taillefer reçoit donc Saint-Gilles. Son fils devient Comte de Saint-Gilles puis son petit-fils, Raymond IV (dit Raymond de Saint-Gilles) en devient Comte en 1060. Quelques années plus tard, il crée la moneta egidiensis, le monnayage de Saint-Gilles. Raymond IV ne veut pas voir ses possessions lui échapper et va donc bâtir des fortifications pour protéger ses cités comme Saint-Gilles qui se voit ceinte de remparts dès le début du XIIème siècle.

Au XIIème siècle, Saint-Gilles est un lieu de rayonnement spirituel et sans doute économique et intellectuel. Bientôt, la ville va devoir agrandir son lieu de culte, bâtissant ainsi l’abbaye de Saint-Gilles, entre le XIème et le XIIème siècle. La façade de style roman provençal est une merveille de détails ciselés reprenant des thèmes bibliques.

La prospérité est de mise dans la ville avec l’afflux toujours croissant de pèlerins, de voyageurs et de marchands. De fait, le commerce, l’artisanat et les richesses vont s’établir en nombre dans la cité. Il est donc logique qu’un rempart défensif ai été bâti à cette époque : il comportera sept portes, notamment la porte située à côté du marché aux viandes appelée Porte de Mazel et toujours existante avec le nom de Porte des Maréchaux. Cette porte était essentielle à l’époque des grands pèlerinages du fait qu’elle mène à la façade principale de l’abbatiale.

Une cité bourgeoise

L’abbaye de Saint-Gilles constitue le cœur de la cité médiévale. En effet, elle attire nombre de pèlerins à partir du XIème siècle. Somme toute, l’abbaye est au cœur de la vie économique et va exercer un certain pouvoir politique sur la cité qui va influencer les décisions urbaines mais également l’organisation des ruelles de la ville.

Au début du XIème siècle, les Templiers s’installent près des remparts dans une maison qui devient propriété des Hospitaliers de l’Ordre de Malte, en 1313. La demeure, à l’écart de l’abbaye, devient la maison du Grand Prieur. Elle trouve son allure médiévale et gothique au XVème siècle avec Cellion de Demandolx, est grand prieur de 1474 à 1480. Ce Grand Prieur laisse son empreinte avec la présence de son blason au-dessus de la porte au côté de celui de Pierre d’Aubusson, Grand Maître des Hospitaliers.

À quelques pas de la façade de l’abbatiale, l’on découvre la Maison Romane. Elle est le vestige des nombreuses maisons à plusieurs fonctions de l’époque médiévale. Bâtie au XIIème siècle, elle comporte trois étages : le rez-de-chaussée ouvert de trois grandes portes, dont on aperçoit les linteaux, qui accueillait un artisan ou un boutique ; le premier étage est sans doute l’étage de vie de la famille, sans doute de la bourgeoisie, on y aperçoit les petites colonnes qui séparent la baies surmontée de chapiteaux sculpté de feuilles d’acanthe ; le deuxième étage est également conservé, on peut supposer qu’il accueillait les chambres de la famille ou éventuellement des locataire ou encore pouvait servir de stockage.

En battant le pavé, nous traversons les petites ruelles aux maisons souvent modernes ou bien trop remaniées pour laisser encore apparaître l’aspect médiéval mais les ruelles sont le témoins de l’histoire de Saint-Gilles. Justement, la rue Ernest Blanc laisse apparaître un exemple : une maison romane du XIIème siècle. Ayant été intégrée à la mairie, remaniée au fur et à mesure des siècles, il faut être attentif pour découvrir la bâtisse médiévale. Les fenêtres à colonnettes de la partie hautes sont un indice tout comme les linteaux bouchés de pierre du rez-de-chaussée.

La richesse de Saint-Gilles provient en partie de sa proximité avec le Petit Rhône et le transport fluvial qui va en découler. Ainsi, vin, sel et céréales s’échangent énormément et transitent par la cité. D’ailleurs, on fit battre monnaie dès la fin du XIème siècle (moneta egidiensis). La proximité d’une agriculture foisonnante est également une partie de la richesse de la ville.

Une cité déclinante

Saint-Gilles est au cœur du territoire où l’hérésie cathare fait rage. Face à l’hérésie, le Pape Innocent III envoie son légat Pierre de Castelnau, frère cistercien de Fontfroide, lutter contre la religion cathare. Le 14 janvier 1208, Castelnau sera assassiné par l’écuyer du Comte de Toulouse Raymond VI. Sa dépouille repose en la crypte de l’abbatiale de Saint-Gilles. 

À la suite de cet assassinat, un Concile est réuni dans l’abbatiale Saint-Gilles et le Pape y lancera son appel à la Croisade contre les Albigeois.

Du XIVème au XVIème siècle, la cité est le théâtre des divers conflits entre catholique et protestants ainsi que les grandes épidémies, notamment la peste, qui vont ralentir puis terriblement réduire son influence et son activité commerciale. La grande influence qu’a pu avoir la ville est désormais perdue.


La pratique amoindrie du culte catholique va également poursuivre le ralentissement de la ville qui se transforme en cité touristique à la faveur de son patrimoine.