Église Notre-Dame de Savigny : histoire, architecture et secrets d'un édifice remarquable

Territoire peuplé avant le néolithique, la Manche voit arriver en 57 av. JC, les légions romaines. Au IVème ap. JC, le diocèse de Coutances émerge après l’édit de Constantin de 313. Histoire curieuse, la Manche fait partie du Duché de Normandie, crée par le Traité de Saint-Claire-sur-Epte en 911, que ces mêmes normands avaient ravager. En 1204, la Normandie sera annexée au Royaume de France et la cathédrale de Coutances rebâtie dans une style gothique.

Savigny, une des plus anciennes églises du diocèse de Coutances

L’église que l’on peut admirer en pénétrant dans la petite commune est en grande partie datée du XIIème siècle. Il apparaît, cependant, que l’église romane soit bâtie sur un bâtiment, sans doute une première église, plus ancienne datée du Xème ou du XIème siècle dont les soubassements de la nef conserve des traces.

Savigny, une église romane

L’histoire de l’église romane que nous connaissons débute au début du XIIème siècle. En effet, en 1107, Raoul de Brucourt le Seigneur de Savigny veut assurer une bonne éducation à ses enfants et fait donc venir en ses terres des moines du Prieuré de Sainte-Barbe-en-Auge, marquant dès lors un lien entre la seigneurie et Sainte Barbe. Une église est nécessaire pour assurer le service religieux de Savigny, il est donc concevable de penser que le chantier démarre en cette même année ou dans les suivantes.
La dédicace de l’église à Notre-Dame est datée de 1128. Turoldus, le premier prieur de Savigny peut donc assurer l’office dans le chœur dont la décoration vient d’être achevée.

Autre évènement d’importance : Geoffroy de Brucourt, Seigneur suivant de Savigny, fait don de l’église et des dîmes de la paroisse au Prieuré de Sainte-Barbe-en-Auge, en 1165, ce qui laisse entendre que le chantier de l’église romane serait abouti à cette époque.
En faisant le tour de l’autel, l’on peut pénétrer dans la sacristie du XVIIIème siècle qui couvre le chevet de l’abside, l’on découvre une merveille du XIIème siècle la fenêtre centrale est fermée d’une arcade accueillant un Christ en Majesté. L’œuvre est surprenante car elle est taillée dans six pierres qui sont jointes. Le Christ y est représenté assis sur un trône et possédant l’habit d’un évêque et la croix tenue dans une main.

L’extérieur n’est pas en reste de décor. En effet, en levant la tête l’on peut observer tous le long des murs de l’église des modillons du XIIème siècle représentants des objets du quotidien, des végétaux, du grotesque, des animaux ou encore des prêtres. Celui de l’Ange tenant un sanglier me fait penser à la légende de Charlemagne à Nevers. Les griffons présents sont également assez récurrents et caractéristiques du style roman.

Poursuivant la visite extérieure, l’on découvre une porte du XVIIème siècle au linteau roman ou d’inspiration roman.

Les peintures du XIVème siècle

En 1888, l’abbé Joubin, le curé de Savigny, décide d’enlever le lambris présent sur les murs de de l’arcade. La surprise est totale, il découvre des arcades aux décors peints représentant le martyr de Sainte Barbe. 
À l’époque, la fonction d’ornement n’est pas la première pour les peintures ou fresques. En effet, l’idée est d’instruire les fidèles avec une « Bible » qui peut être comprise par de pauvres illettrés n’ayant pas accès aux textes religieux.
Barbe serait née en Asie mineure vers 290. Elle sera la fille du païen Dioscore, une fille de très grande beauté. Elle aurait été enfermée par son père dans une tour pour éviter qu’elle ne prenne époux ou se convertisse au christianisme. Elle aurait malgré tout découvert la foi en Jésus Christ et aurait demandé le percement de trois fenêtres au lieu de deux pour symboliser la Sainte Trinité. Découvrant sa conversion, son père fou de rage l’aurait livrée au gouverneur romain et elle sera emprisonnée, brûlée, flagellée, blessures dont elle guérit miraculeusement mais son père l’aurait exécutée en 306. L’histoire ne semble pas découler d’une réalité historique mais serait une métaphore. Toujours est-il que le culte se répand. L’histoire se lit de droite à gauche sur les arcades.
La première arcade, à droite, présente Barbe convertie au christianisme agenouillée et priant auprès d’un arbre. La seconde arcade présente trois hommes aux visages grotesques dépouillant Barbe de ses vêtements. Barbe conserve sa position de prière face à ses bourreaux.

La troisième arcade présente Barbe agenouillée implorant le Ciel dans une dernière prière. Derrière elle, son père lui tient les cheveux, d’une main, et s’apprête à lui trancher la tête avec son épée dans l’autre main. Le divin est présent dans cette scène où la foudre s’abat sur le père.
La dernière arcade était vide et un restaurateur y peindra une scène liée à Saint Barbe

Fort de ce premier succès, l’abbé Joubin décide de piquer les murs et de voir ce qu’il peut y découvrir. De fait, il découvre en 1893 une fresque représentant La Cène sur le mur nord de la nef. La composition met en scène quatorze personne, incluant donc Saint Paul qui était absent lors de La Cène. Judas est représenté isolé des autres, face au Christ qu’il va trahir, dont le fruit de sa trahison est dans une bourse cachée dans sa main gauche. Il est intéressant de se pencher sur le jeu des couleurs, les visages, les expressions, les objets du quotidien, les postures, notamment les traits de Judas qui ressemblent à ceux des bourreaux de Sainte Barbe dans une forme de continuité du Mal.

Savigny, une église en évolution

L’église évolue tout au long du XVIème siècle en fonction de l’évolution des besoins du culte. Une partie de l’église est reconstruite en incluant le style gothique. On installe du nouveau mobilier.

Malheureusement, la Révolution Française vient noircir l’histoire du lieu. L’église est affectée au culte de la Raison puis au culte de l’Être suprême. En 1800, elle devient même la mairie du canton … Heureusement le XIXème siècle se soucie du patrimoine et vient sauver nombre de lieu comme cet extraordinaire église. Les autels des deux chapelles seront restaurés, on pose de nouvelles verrières et vitraux et notamment celui de Sainte Thérèse.

Comme une fin heureuse, l’église est inscrite sur la liste des monuments historiques le 7 décembre 1970 et continue de nous émerveiller de son témoignage d’un temps passé.